El Tigre, à bout de souffle

El Tigre, à bout de souffle

11 février 2019 22 Par Rémi Valet

Fin mai 2012, la saison européenne touche à sa fin avant l’Euro qui se disputera en Russie et en Ukraine. Le football hexagonal est en ébullition après l’improbable sacre montpelliérain en Ligue 1, devant le PSG vitaminé par les fonds qataris. Un succès construit sur une défense hermétique, la meilleure du championnat, organisée autour de l’expérimenté brésilien Hilton, 34 ans. Dans le même temps, à Bucarest, l’Atletico Madrid, porté par Falcao remporte la finale de l’Europa League face à l’Athletic Bilbao (3-0) avec un doublé de sa star colombienne qui se dévoile aux yeux de l’Europe après une saison stratosphérique à 36 buts. Hier après-midi, ces deux protagonistes titrés de la saison 2011-2012, se retrouvaient face à face à la Mosson, avec 7 années de plus au compteur.

Le jour de ses 33 ans, l’attaquant et capitaine de l’AS Monaco, est aligné à la pointe d’une équipe princière en quête de points dans la lutte pour le maintien. Le vétéran brésilien, 41 printemps, dirige l’arrière garde montpelliéraine, seconde meilleure défense de L1. A l’issue de la rencontre, le constat est amer et sans appel, le poids des années est plus lourd pour Falcao que pour Hilton, même si leurs postes rendent la comparaison difficile. Dépassé physiquement, lent sur ses courses et imprécis dans les contrôles, le Colombien a tout de même réussi à redonner l’avantage à l’ASM en fin de match en faisant parler son instinct de renard des surfaces, celui qui ne se perd pas avec les années. Malgré tout, pendant 85 minutes, El Tigre a fait peine à voir, errant dans la défense héraultaise et perdant presque tous ses duels. Contre Toulouse la semaine passée, il avait livré une performance similaire, éprouvant les pires difficultés à exister face à l’impact physique de la défense du TFC.

Pourtant, dans une équipe en voie de guérison sur le plan offensif, dynamisée par les virevoltants Rony Lopes et Gelson Martins sur les ailes, bénéficiant de la créativité de Fabregas et de l’activité de Golovin dans l’axe, le Tigre est bien mieux loti que durant la première partie de la saison. Souvent coincé entre les deux défenseurs centraux adverses, il gagne peu de duels et ne parvient pas à prendre de vitesse ses adversaires dans la profondeur. A la peine sur le plan physique, ses efforts pour exister à la pointe de l’attaque le rendent imprécis dans l’exécution du dernier geste. Depuis l’arrivée des recrues, Falcao semble désormais être le maillon faible de l’animation offensive asémiste.

Toutefois, ce portrait malheureux ne peut s’exonérer de souligner l’apport considérable du Colombien dans le marasme asémiste cette saison. Sans lui, Monaco serait encore plus loin de sortir de la zone de relégation. Dans les chiffres déjà, le capitaine monégasque est omniprésent. Avec 9 buts et 2 passes décisives, Falcao est impliqué directement sur près de la moitié des 23 buts monégasques en Ligue 1 cette saison. Il a été décisif dans trois des quatre victoires de la saison : buteur et passeur contre le FC Nantes en août (1-3), buteur à Caen pour la première victoire de Thierry Henry (0-1), et double buteur à Amiens (0-2). Des réalisations cruciales face à des adversaires directs dans la lutte pour le maintien et qui pourraient peser lourd dans la balance à l’heure du verdict final en mai prochain.

Dans une saison terrible pour le club princier, marquée par une improbable avalanche de blessures, Falcao a également été fréquemment le phare de son équipe dans l’obscurité. Irréprochable dans l’attitude, le capitaine est le second joueur de champs le plus aligné sur la pelouse en championnat derrière Glik, accompagnant bien souvent de très jeunes coéquipiers dans leurs premiers pas en Ligue 1 dans un contexte difficile.

Pour la fin de saison, l’inquiétante blessure de Golovin contre Montpellier ne devrait pas ouvrir la porte à une attaque à deux têtes avec Vinicius compte-tenu de la réticence de Jardim à retirer un élément de son milieu à 5. Le buteur appartenant à Naples avait également l’habitude d’évoluer seul devant du côté de Rio Ave. Pour la course au maintien, le technicien portugais devrait ainsi continuer à s’appuyer sur son capitaine dans un schéma à une pointe qui a fait ses preuves depuis le retour du coach à la tête de l’équipe avec 6 buts marqués en 3 matchs. Le Tigre, devenu cette saison le 4ème meilleur buteur de l’histoire de l’ASM derrière les légendes Onnis, Cossou et Dalger, participera donc activement à la mission sauvetage de l’AS Monaco. A bout de souffle, mais toujours irréprochable dans l’implication et modèle pour ses jeunes coéquipiers. Un dernier tour de piste, brassard au bras, avant le grand départ ?

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