Niko Kovac : l’homme providentiel ?

Niko Kovac : l’homme providentiel ?

22 juillet 2020 9 Par Franck C

C’est un véritable coup de tonnerre qui s’est abattu sur la Principauté avec le départ officialisé de R.Moreno et l’arrivée du technicien croate Niko Kovac. D.Rybolovlev et O.Petrov ont directement acté ce changement radical sur les suggestions de Paul Mitchell certainement désireux de “changer de braquet” sur le plan sportif en proposant l’arrivée d’un technicien confirmé et chevronné en la personne de Kovac. Les deux Russes, forts des arguments de Mitchell, ont considéré que le projet monégasque ne pouvait attendre une autre période d’adaptation de Moreno et de ses idées de jeu, axées sur la possession de balle. En recrutant Kovac, l’ASM fait le pari d’un coach déjà rompu au haut niveau et qui a remporté des titres majeurs à l’Eintracht Francfort et surtout au Bayern de Munich (4 titres nationaux cumulés en moins de 3 ans, excusez du peu !) et qui est passé auparavant par la case “sélectionneur national” avec l’équipe A de Croatie. L’ex milieu défensif international croate (83 sélections, et 467 matchs en professionnel) est aussi réputé pragmatique et peu conciliant avec certains joueurs. Certains louent aussi ses capacités à bien décrypter le jeu de ses adversaires et à favoriser l’éclosion de jeunes joueurs au plus haut niveau. En s’engageant 3 ans sur le Rocher, Kovac va devoir montrer à son employeur et à la Ligue 1 qu’il est en mesure de donner à l’ASM un envol sportif capable de propulser rapidement le club vers les sommets de la Ligue 1. Portrait du technicien croate.

 

Une carrière réussie comme joueur professionnel

En commençant un long parcours dans le monde professionnel, le Croate, né à Berlin, a disputé presque 470 matchs tout au long d’une carrière marquée par des passages remarqués au Hertha Berlin (223 matchs de 1991 à 1996 et de 2003 à 2006), au Bayer Leverkusen (77 matchs de 1996 à 1999), à Hambourg (55 matchs de 1999 à 2001) au Bayern de Munich (34 matchs de 2001 à 2003) puis enfin au Red Bull Salzbourg (53 matchs de 2006 à 2009). A Munich, Kovac remporte un titre national en 2003, ainsi que la Coupe d’Allemagne la même année et la Coupe Intercontinentale en 2001. Il finit sa carrière en Autriche au RB Salzbourg en remportant le Championnat à deux reprises (2007 et 2009). Milieu défensif, Kovac a également joué un rôle majeur en sélection croate. Le joueur disputa deux Coupes du Monde (2002 et 2006) et deux Euros (2004, 2008) avec la Vatreni (surnom de la sélection croate). S.Bilic, sélectionneur de la Croatie de 2006 à 2012, n’hésita pas à affirmer en 2009 suite à l’arrêt de sa carrière que “Kovac n’en était pas moins le plus indispensable avec la sélection, de par son expérience et son travail sur et en dehors du terrain“. Sa fin de carrière actée, Kovac n’a pas résisté longtemps à l’appel du métier d’entraîneur.

 

Entraîneur et sélectionneur précoce

En effet, en arrêtant sa carrière de joueur en 2009, Kovac ne mit pas longtemps à reprendre le chemin du carré vert. Quelques semaines après l’arrêt de sa carrière de joueur, il est nommé entraîneur des U19 du RB Salzbourg. Puis il oeuvre comme entraîneur adjoint de l’équipe première autrichienne sous les ordres de Ricardo Moniz et glane au passage un titre de champion d’Autriche en 2011 et une Coupe Nationale l’année suivante. Ce bilan déjà flatteur lui permet de prendre en charge la sélection Espoirs de Croatie en janvier 2013. Cette expérience fut de courte durée car le limogeage de Stimac, sélectionneur de l’équipe A, en octobre 2013, propulsa Kovac au sommet de la hiérarchie des sélectionneurs de la Vatreni. Aux commandes d’une sélection de joueurs talentueux (Modric, Rakitic, Lovren…), Kovac réussit à  qualifier son équipe pour la Coupe du Monde 2014 au Brésil après être passée par une phase compliquée de barrages. Au terme d’un premier match d’ouverture de très bonne facture face au pays hôte (défaite 3-1 avec des décisions arbitrales défavorables et douteuses), la Croatie atomise ensuite le Cameroun (4-0) mais échoue lors de la dernière rencontre du groupe contre le Mexique (défaite 3-0) et est éliminée. Lors des matchs qualificatifs pour l’Euro 2016, le début de parcours de la Vatreni est quelque peu raté (nul en Azerbaïdjan et défaite en Norvège) et Kovac est limogé en octobre 2016. Malgré une qualification acquise pour la Coupe du Monde de 2014, son bilan en tant que sélectionneur reste mitigé malgré tout.

 

Francfort : le tremplin 

Malgré ses expériences passées, Kovac n’a pas encore démontré toute l’étendue de son talent de coach. En acceptant l’offre du club du Main en mars 2016, le Croate arrive à transformer le style de jeu et les résultats en peu de temps même si le spectre de la relégation fut proche à l’issue de la première saison du technicien croate. Ensuite, il réussit à donner une nouvelle dynamique à l’Eintracht. Le club remporte une Coupe d’Allemagne face au Bayern Munich en 2018 après avoir échoué en finale l’année précédente et terminera à la 8ème place du championnat en mai de la même année (après avoir occupé la 5ème place quelques journées et avoir rêvé d’accéder aux places qualificatives pour la Ligue des Champions). Surtout Kovac réussit à redorer le blason d’un club historique de la Bundesliga et à fédérer les fortes têtes du vestiaire du club allemand (Kevin-Prince Boateng, Ante Rebic, Marius Wolf ou Luka Jovic). Les dirigeants allemands souhaitaient ardemment le prolonger mais l’appel de son ancien club, le Bayern Munich (alors orphelin de Jupp Heynckes), pousse alors Kovac à donner son accord dès avril 2018 au “FC Hollywood” , surnom satirique du grand club allemand. Les mauvaises langues parlent d’un deuxième choix par défaut des dirigeants du Bayern pour enrôler le Croate, T.Tuchel favori au poste s’étant déjà engagé au PSG quelques jours avant une proposition munichoise qui a trop tardé.

 

Un palmarès de 1er plan en Bavière

En prenant les commandes du club aux 28 titres de champion national à son arrivée en juin 2018, Kovac imprime d’emblée sa patte sur le puissant club allemand. Le club bavarois luttera longtemps en haut du classement avec le Borussia Dortmund pour acquérir son 29ème titre national (le 7ème d’affilée depuis 2012), le club de la Ruhr ne “lâchant” sa place de leader qu’à la 28ème journée au géant bavarois. Le Bayern remporte également une 19ème Coupe d’Allemagne et une 6ème Supercoupe quelques jours après l’arrivée de Kovac. Un bilan stratosphérique pour un entraîneur de 46 ans à la tête de l’un des plus prestigieux clubs européens. Au passage, Guardiola (2013-2016) et Ancelotti (2016-2017) n’ont pas fait mieux que le technicien croate lors de leur séjour bavarois.Cependant, le style de jeu prôné par le Croate n’enthousiasme ni les supporters, ni les dirigeants bavarois. Le schéma tactique paraît parfois frileux au vu du calibre technique des joueurs alignés par Kovac. En Ligue des Champions, l’élimination, certes logique face à Liverpool en 1/8èmes de finale, laisse des traces également. La saison suivante, les choses se gâtent. Malgré deux transferts de taille opérés à l’été 2019 (L.Hernandez pour 80 M.d’euros et B.Pavard pour 30 M.), le jeu déployé par les Munichois déçoit encore. Début novembre 2019, le Bayern, second au classement, est humilié à Francfort face à l’Eintracht (défaite 5-1; 10ème journée) et les relations entre les cadres du vestiaire et Kovac sont au plus bas.  La sentence est sans appel, le Bayern met fin au contrat de Kovac quelques jours plus tard.  Cette décision un peu surprenante au départ n’est pas au final incohérente si l’on en juge par les déclarations de K.H Rummenige pour expliquer le départ du Croate : “La performance de notre équipe ces dernières semaines et les résultats nous ont montré qu’il fallait agir. Uli Hoeneß, Hasan Salihamidžić et moi-même avons eu une conversation ouverte et sérieuse avec Niko sur cette base du résultat de dimanche avec le résultat consensuel selon lequel Niko n’est plus l’entraîneur du FC Bayern. Nous regrettons tous cette évolution” . Dès cette annonce officialisée, Kovac lui même avouera : “Je pense que c’est la bonne décision pour le club pour le moment. Les résultats, ainsi que la manière dont nous avons joué la dernière fois, m’ont amené à prendre cette décision. Mon frère Robert (son adjoint, ndlr) et moi-même remercions le Bayern pour la dernière année et demie. Pendant ce temps, notre équipe a remporté le championnat, la Coupe DFB et la Supercoupe. C’était un bon moment. Je souhaite le meilleur au club et à l’équipe» (source : Footmercato.net). Le bilan de son aventure munichoise est largement satisfaisante : en 16 mois et 65 matchs coachés toutes compétitions confondues, le Bayern est sorti vainqueur à 45 reprises (environ 69 % de victoires) alors que la Bundesliga est réputée comme l’un des championnats européens les plus homogènes en termes de niveau des équipes engagées. En conflit ouvert avec certains joueurs dont J.Boateng (qui perdra même sa place de titulaire la saison dernière), ou James Rodriguez, Kovac n’a pas lâché. Sa ténacité est l’une de ses marques de fabrique: “Ceux qui ne l’aiment pas disent qu’il est arrivé et reparti du Bayern comme un novice et que le groupe l’a lâché, estime un spécialiste de la Bundesliga. Il y a aussi ceux qui sont beaucoup plus mesurés sur le personnage. Il n’est pas sous-estimé ou surestimé mais plutôt mal estimé” (source : Footmercato.net).

 

Kovac et le projet monégasque : de fortes attentes en perspective

On le devine depuis son arrivée en juin dernier, P.Mitchell a désormais “carte blanche” dans la gestion sportive du club monégasque. La preuve en est avec l’arrivée de Kovac. Ancien employé de la galaxie Red Bull, l’Anglais a très certainement pris des informations du côté de Salzbourg où a officié le Croate de 2009 à 2012. Kovac a d’ailleurs appris de la philosophie de la formation autrichienne fait d’un pressing intense et haut sur le terrain. Le CV de Kovac a certainement achevé de convaincre le trio Mitchell-Rybolovlev-Petrov, trio convaincu que Moreno ne correspondait plus au changement global de stratégie de l’ASM en terme de jeu à produire surtout. Fini la possession de balle à la barcelonaise prônée par l’Espagnol, place à un projet de jeu fait de pressing et de contre-attaques, ce que Kovac maîtrise suffisamment avec un schéma tactique favori en 4-2-3-1. Le club de la Principauté n’a plus de temps à perdre depuis la saison très laborieuse de 2018-2019 et depuis les évictions rocambolesques de Jardim puis de Moreno.

Dans le projet de l’ASM, sous la houlette de Mitchell, l’éclosion de jeunes joueurs reste aussi une priorité. Or, Kovac a toujours favorisé l’émergence de talents partout où il a œuvré. En lançant par exemple L.Kalinic, M.Brozovic, l’ex monégasque M.Pasalic, et d’autres jeunes joueurs avec la sélection croate, ainsi que A.Rebic, J.Vallejo, et le français S.Haller à l’Eintracht Francfort, le technicien croate a su se mouvoir en dénicheur de futurs bons joueurs.  Même si Kovac reste méconnu du grand public français, l’expérience du haut niveau du croate représente une sérieuse option à la course au podium en Ligue 1 pour l’ASM. Polyglotte de surcroît, le Croate qui possède également la nationalité allemande, sera à même de savoir gérer un effectif cosmopolite sur le Rocher. Le caractère bien trempé du technicien sera une variable non négligeable à prendre en compte car Kovac a souvent été en conflit avec de nombreux joueurs partout où il a travaillé. Nul doute que cet aspect sera scruté ” à la loupe” par de nombreux observateurs. En attendant, la lourde tâche qui attend le technicien croate fait naître depuis peu de nombreuses attentes des supporters des Rouge et Blanc.

Nous lui souhaitons la bienvenue.

Dobrodošli, gospodine KOVAC* 

(* Bienvenue monsieur KOVAC)

Sources : Footmercato.net – Transfermarkt.fr  / Photo : Sven Hoppe – DPA Photo – Icon Sport

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