L’impensable et triomphant retour du Roi

L’impensable et triomphant retour du Roi

20 novembre 2019 1 Par Rémi Valet

Débutée dans le faste et les paillettes des ambitions pharaoniques de Dimitri Rybolovlev en 2013, l’histoire de Falcao à Monaco s’est conclue six années plus tard dans l’anonymat des dernières heures du mercato, fiévreusement animées par le PSG. Une sortie plutôt discrète qui contraste avec l’onde de choc mondiale qu’avait provoquée la signature d’un joueur promis au Real Madrid chez un promu en Ligue 1. Comme un symbole des sentiments ambivalents qu’aura inspiré le Tigre aux supporters asémistes durant son bail en Principauté, entre départ en catimini et gestes de génies. Retour sur les 6 ans de la star colombienne sur le Rocher pour se faire une idée de la place qu’il occupera au panthéon des légendes de l’AS Monaco.

Le départ rocambolesque

Le soleil de l’après-midi illumine les tribunes du stade Louis-II ce 30 aout 2014, dans la chaleur de la fin de l’été azuréen, quand la nouvelle tombe. Elle fait l’effet d’une bombe. Lorsque les compositions de Monaco-Lille sont dévoilées, Falcao, pourtant annoncé titulaire à la pointe de l’attaque asémiste, n’est pas sur la feuille de match. Il ne faut pas longtemps pour que les caméras présentes ce jour-là le repèrent en tribune, entouré de son agent, le diabolique Jorge Mendes et du Vice-Président de l’ASM, Vadim Vasilyev. Pendu au téléphone, l’homme d’affaires portugais ne se cache pas, il est en pleines négociations pour le départ du buteur en Premier League, en cette tout fin de mercato estival, qui a déjà vu l’ASM perdre son autre joyau colombien James Rodriguez. C’est à ce moment que les supporters monégasques comprennent que la détermination de façade qu’a affiché Falcao depuis son retour de blessure à travers des interviews mais surtout les déclarations de Vadim Vasilyev qui affirmaient au début du mois que « 2014-2015 serait la saison de Falcao à Monaco » ne contiennent pas une once de vérité. La tête d’affiche du mercato pharaonique de l’année précédente va quitter le Rocher, plongeant une ASM mal en point sportivement – 15ème  avec 4 points en 4 journées – encore plus profondément dans le doute.

Radamel Falcao est alors prêté, avec option d’achat à Manchester United, le dernier jour du mercato. A ce moment-là, plus personne n’imagine un jour revoir le Colombien sous le maillot de l’ASM. Du malaise transparaissant lors de ses premiers matchs aux circonstances fâcheuses et maladroites de son départ, en passant par sa grave blessure sur le terrain de Chasselay ; la conclusion est sans appel : le transfert le plus onéreux de l’histoire de Monaco était un fiasco, pour le joueur, qui tente de tourner cette douloureuse page et d’oublier la Principauté et pour le club, qui cherche à se débarrasser définitivement d’un gouffre financier.

La déliquescence du Tigre

Malgré des débuts honorables avec 2 passes décisives et 1 but lors de ses trois premières titularisations, le prêt de Falcao chez les Red Devils est un échec. Le Colombien a toutes les peines du monde à retrouver une forme physique suffisante dans un championnat très exigeant. Le technicien mancunien Louis Van Gaal, déçu par son rendement, ne lui accorde pas sa confiance et le titularise seulement 12 fois en championnat. En fin de saison, fort logiquement, Manchester United ne lève pas l’option de 55 millions assortie au prêt. Pourtant, il n’est pas question pour Falcao de revenir en Principauté. Quand les medias l’interrogent sur son avenir, le buteur n’évoque même pas son club propriétaire, donnant réellement le sentiment de ne plus vouloir remettre les pieds sur ce Rocher où s’est abîmée sa carrière si prometteuse. Sans même repasser par la Principauté, Falcao est prêté à Chelsea au mois de juillet 2015, rejoignant ainsi un emblématique client de Jorge Mendes en la personne de José Mourinho, de retour sur le banc des Blues. A Londres, la situation est encore plus alarmante qu’à Manchester ; le Tigre n’est plus que l’ombre de lui-même. Systématiquement sur le banc, Falcao est dans le gouffre physiquement et psychologiquement et dès le mois d’octobre, le constat peut être tiré : le prêt du Sud-Américain à Chelsea est un échec.

C’est alors que, le mercato hivernal approchant, bruisse une incroyable rumeur sur le Rocher. Et si Falcao revenait prématurément de son prêt pour aider une attaque monégasque en berne menée par Lacina Traoré ? Les réactions des supporters asémistes à cette possibilité sont mitigées ; si certains saluent l’idée d’un retour au sein à la pointe de l’attaque de l’ASM en déficit de réussite et de talent, d’autres ne veulent pas lui pardonner les circonstances calamiteuses de son départ. Une nouvelle blessure du Tigre tuera toutefois la rumeur dans l’œuf, et Monaco se tournera vers Vagner Love pour relancer un secteur offensif en difficulté. Toutefois, après la signature du fantasque brésilien en Principauté, Vadim Vasilyev déclare qu’il « ne ferme pas la porte à un retour » de Falcao à Monaco.  Mais c’est finalement à Chelsea que l’ancien attaquant du FC Porto va finir sa saison en chemin de croix. Sur l’ensemble de l’exercice, il ne joue que 229 minutes, n’étant titularisé qu’une seule fois, pour un seul petit but. Pire, lorsque le Colombien a foulé la pelouse, les Blues n’ont gagné qu’une seule fois, pour 7 défaites et deux nuls. Traversant la seconde partie de saison en fantôme, Falcao cristallise de nombreux doutes sur son avenir dans le football de haut niveau. Les pistes évoquées à ce moment-là l’envoient vers la Chine ou vers la MLS, loin du football européen. La blessure subie à Chasselay semble alors avoir mis fin à l’éclatante carrière du Tigre, dont les exploits résonnent désormais au passé.

Sur le Rocher aussi, l’ambiance est morose en cette fin de saison 2015-2016. Après la terrible déconvenue subie à Lyon (6-1), l’ASM ne peut plus terminer deuxième et devra donc encore passer par les redoutés barrages pour accéder à la C1. Les dirigeants tentent de tirer les constats de cet échec et préparent la saison prochaine. Née au mercato d’hiver, l’idée d’un retour de Falcao sur le Rocher chemine dans l’esprit des décideurs asémistes. Cependant, entre les performances désastreuses du joueur en Angleterre et les doutes subsistant sur ses aptitudes physiques, le projet de faire du Colombien le fer de lance de l’attaque monégasque a tout d’un pari fou. Le 10 mai 2016, Falcao confirme auprès d’une radio argentine les intentions de l’ASM de le voir revenir. Quatre jours plus tard, Vadim Vasilyev annonce que « Falcao portera très probablement le maillot de Monaco la saison prochaine ».

Renaissance et consécration

Le Colombien se laisse convaincre par le staff princier de relever ce pari. Désireux de rejouer au football et de retrouver le chemin des filets par-dessus tout, il accepte une baisse de salaire de près de 50%. Les décideurs de l’ASM souhaitent l’associer avec l’autre revenant Valère Germain dans un 442 pour renouveler totalement une animation offensive catastrophique la saison précédente. De retour à la Turbie, Falcao reprend l’entrainement avec ses nouveaux coéquipiers et réussit des performances très encourageantes au cours des matches de préparation avec 5 buts et 2 passes décisives en 6 rencontres. Seul buteur asémiste lors de la défaite dans le bouillant stade de Fenerbahce, il réalise un match retour de haute volée avec un but et une passe décisive pour Germain. Malheureusement, alors que les espoirs de le revoir à un niveau plus conforme à son statut renaissent, il se blesse au cours de la rencontre et est arrêté pour un mois.

La malédiction semble se poursuivre quand, 10 jours après son retour de blessure, il se fait heurter violemment par le gardien niçois Cardinale lors de la défaite de l’ASM à l’Allianz Rivera. Après un nouveau mois d’arrêt, Falcao revient sur les pelouses le 21 octobre, suscitant encore bien des interrogations sur sa capacité à enchainer. C’est alors que l’improbable résurrection du Tigre va prendre forme : il enchaine 12 matches, dont 9 titularisations et inscrit 12 buts, retrouvant le sens du but qui avait fait sa renommée à Porto et à Madrid. Dans un style moins félin mais tout autant opportuniste, le trentenaire bénéficie largement des nombreux efforts consentis par Valère Germain au sein de l’attaque à deux pointes du système de Jardim. La redoutable animation des ailes asémistes, avec Mendy-Lemar d’un côté et Sidibé-Silva de l’autre lui permet également d’être beaucoup sollicité. Bousculé au duel par les rugueuses défenses de Ligue 1, sa sûreté technique lui permet de plus participer au jeu et il décroche ainsi davantage. Son point fort reste son flair, son instinct de renard des surfaces, lui qui parvient régulièrement à se faire oublier de ses gardes du corps pour marquer. Lui-même reconnait que son football « a mûri ».  Par ailleurs, nommé capitaine d’entrée de jeu par Jardim, le Colombien se montre plus impliqué dans le club et dans le vestiaire, et semble éprouver du plaisir au sein de ce collectif. C’est sur ce doux parfum de renaissance que l’année 2016 se termine pour le Tigre.

2017 sera la consécration. Falcao continue d’enchainer les buts en L1, sa reconquête auprès des supporters est totale. Brassard au bras, il marque au Vélodrome, inscrit un doublé contre le rival niçois, fait trembler les filets du Parc OL. Il est également étincelant contre Dijon, au cours d’un match décisif dans la lutte pour le titre. Alors que l’ASM est piégée par le promu qui mène au score, Jardim fait entrer son buteur à l’heure de jeu. Grâce à deux maitres coup-franc, Falcao permet à son équipe de remporter le match, et de creuser un écart définitif avec le PSG, deuxième.

Toutefois, l’action qui restera sans nul doute gravée dans la mémoire des amoureux du club de la Principauté se déroule sur la scène européenne, à l’Etihad Stadium. Ce 21 février 2017, le Manchester City de Guardiola, emmené par Aguero, Sterling et De Bruyne, reçoit l’ASM. Au cours d’une rencontre d’anthologie, Falcao, après avoir ouvert le score de la tête, inscrit le troisième but princier au terme d’une action somptueuse. Lancé de loin par Thomas Lemar, le Colombien, pourtant isolé, élimine John Stones d’un crochet qui mettra au sol l’international anglais, avant d’ajuster le portier mancunien d’un superbe lob.

Leader d’une attaque à deux têtes où il partage désormais la lumière avec le prodige du centre de formation Kylian Mbappé, le capitaine monégasque emmène dans son sillage une des meilleures équipes de l’histoire de la Principauté. Alors que l’épopée européenne est stoppé par l’expérimentée Juventus aux portes de la finale, l’AS Monaco réussit l’exploit de briser l’hégémonie du puissant PSG en L1 au terme d’un championnat époustouflant avec 30 victoires, et surtout 107 buts marqués pour ce qui restera l’une des meilleures attaques de tous les temps. A titre personnel, le Colombien réalise l’une des meilleures saisons de sa carrière avec 30 buts inscrits toutes compétitions confondues.

L’image du capitaine Falcao soulevant l’Hexagoal au milieu de ses coéquipiers marquera ainsi l’histoire de l’AS Monaco et restera la consécration d’un improbable comeback après une rupture que tous pensaient définitive.

Crédits: asmonaco.com

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