Arrivée d’Henry, le mal semble bien plus profond qu’une question tactique

Arrivée d’Henry, le mal semble bien plus profond qu’une question tactique

15 novembre 2018 88 Par Florian G

Avec l’arrivée de Thierry Henry sur le rocher, Vadim Vasilyev espérait une réaction psychologique apportée par l’aura et le charisme de l’ancien Gunners. Mais le mal apparaît bien plus complexe qu’une simple question tactique. La multiplicité des problématiques à résoudre nous amène à établir un état concret des manques de l’équipe princière.

 

Le changement d’entraîneur

 

Le changement d’entraîneur n’a rien apporté. Henry tente de mettre en place une tactique ambitieuse, avec des principes de jeu guardiolesques. En faisant jouer son équipe avec des latéraux très hauts, avec des milieux qui orientent leurs courses et leurs positionnements de façon axiale, il veut que le plus de joueurs possibles touche le ballon. La preuve c’est que la possession a augmenté depuis son arrivée. Cette volonté tactique demande une confiance technique pour pouvoir jouer dans des espaces réduits, et demande surtout des déplacements ainsi qu’une connaissance des différentes individualités ayant atteint la perfection. Tout cela, Monaco est très loin de l’avoir.

Lorsqu’une équipe est mal en point, l’option la plus utile est de revenir à ses bases, ses repères. Mais quelles sont les repères de l’ASM ? Le 4-4-2 ou 4-2-3-1 des quatre années de l’ère Jardim apportaient une forme de stabilité quand l’effectif changeait constamment. Malheureusement ce système a failli durant les premiers mois de la saison, les trop nombreux changements aux mercatos et l’essoufflement psychologique des cadres ont eu raison de Jardim. Henry n’a donc absolument aucun principe, aucune force sur lesquels s’appuyer. Les derniers milieux de terrain ayant connu le haut niveau sont partis. Moutinho, Fabinho et Lemar étaient présents de longue date et assuraient des certitudes solides au club. Moutinho, bien que critiqué, insufflait une âme, une forme de volonté, de dépassement de son simple intérêt personnel au profit du collectif. Et cela, les cadres restants ne l’apportent pas ou plus.

Les très nombreuses blessures n’arrangent pas le travail d’Henry. Il faut rappeler que Jardim n’avait pas pour habitude de faire une véritable préparation physique. La philosophie du coach portugais était de préparer physiquement ses équipes balle au pied, sans beaucoup de travail de fond. Mais cela a atteint un niveau critique. Henry ne peut compter sur une stabilité au sein de son effectif pour travailler sereinement.

 

Une confiance défaillante

 

Le manque de confiance est aussi un des responsable premier. L’équipe semble s’être engagée dans un cercle vicieux dont aucun indice ne nous montre comment elle pourrait s’en extraire. Plus les défaites s’enchaînent, plus la confiance diminue, jusqu’à atteindre le niveau zéro. Toutes les situations décisives dans la surface de réparation asémiste, ou sur les phases offensives, sont continuellement perdues par les monégasques. L’équipe ne sait plus ni comment marquer, ni comment défendre. Sur les derniers matchs, chaque fois que l’adversaire s’approchait des cages monégasques cela terminait en but.

En plus de tout cela, il semble n’y avoir aucune réaction psychologique. Les joueurs se morfondent, il n’y a pas de rassemblement de groupe à la fin des matchs. Tout porte à croire que la situation actuelle n’a pas d’impact dans l’attitude collective. Les nombreux transferts ne sont pas innocents à cette faillite, ils n’aident pas à unir le groupe. De plus, l’intérêt personnel des joueurs qui prime sur l’intérêt collectif a un impact évidemment sur la perception de la gravité de l’instant. Ceci est une caractéristique du football moderne dans sa globalité, mais notre club est encore plus touché par ce phénomène dû à notre politique sportive.

 

La faillite des cadres

 

Les cadres restants, les Glik, Subasic, Sidibé, Jemerson, Falcao, Raggi semblent incapables d’apporter mentalement, et ne semblent pas être en mesure de recadrer ou d’insuffler un esprit de groupe. Vadim Vasilyev, dans une interview accordée à Nice-Matin, a déclaré que certains cadres toujours présents ont voulu partir cet été et que seuls ceux sur qui le club pourra compter (au niveau de l’investissement) resteront cet hiver. La question est de savoir de quels cadres parle Vasilyev ! Il y a tout même des joueurs qui pourraient prendre la parole, unifier. Au-delà de leurs blessures respectives, Subasic et Raggi, présents depuis les années de ligue 2, paraissent éloignés des problématiques actuelles. Glik, Jemerson, Sidibé ou Falcao sont eux sur le terrain mais sont devenus des joueurs sur lesquels l’équipe ne peut s’appuyer. Aucun ne semble en mesure ou ne veut insuffler une forme de pression.

Vadim Vasilyev s’exprime aussi au sujet de l’investissement qui paraît être faible. « J’espère que nos joueurs sont assez pro pour se rendre compte de la gravité de la situation. […] C’est le moment pour eux de se demander ce qu’ils peuvent faire pour le club… et non ce que le club peut faire pour eux. » Ces lignes transcrivent la non conscience de la situation actuelle, et la négligence de certains joueurs. Le contexte monégasque, sans pression aucune, n’aide pas.

Vasilyev le dit lui-même, le mercato hivernal ne sera pas une issue pour retrouver un niveau acceptable. « Je ne veux pas qu’on se réfugie derrière le mercato d’hiver. On a l’effectif pour faire beaucoup mieux. Les joueurs doivent faire mieux, il n’y a pas à chercher d’excuses. » Les problèmes d’engagement, de confiance, d’unification du groupe se résoudront par l’auto-critique et la prise de conscience de l’effectif actuel.

 

Le constat est accablant, l’accumulation des différents phénomènes n’offre aucune perspective positive dans un futur proche. Dimanche, après la réception de Paris, Daniel Riolo a déclaré avoir le sentiment que le club « n’existe plus ». Quelles que soient les opinions de chacun quant aux personnages et à ses prises de position, la phrase a de quoi interpeller. Il ne semble plus y avoir d’âme, plus d’investissement personnel. Aucun repère ne permet de s’offrir ne serait-ce que l’imagination d’une amélioration.

Source: Nice-Matin/ Crédits: Sport24, Le Figaro

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